
L'école de la Voie
Vous lisez les carnets de la Voie, la newsletter qui vous partage chaque semaine, 3 idées qui éclairent et 3 exercices qui transforment pour passer du chaos professionnel à un projet rentable qui vous ressemble.
Inscrivez-vous maintenant pour ne pas louper le prochain
Temps de lecture : environ 12 minutes
Bonjour à toutes et à tous 👋
Bienvenue dans l'épisode #57 des carnets de la Voie.
Que vous soyez là depuis le début ou que ce soit votre premier cours, merci de votre confiance 🙏
*
*
Je me souviens des épisodes d’Inspecteur Gadget le samedi matin en mangeant mes Chocapics.
Quand sa nièce Sophie et son chien Finot avaient une heure pour désamorcer une bombe du Docteur Gang, je me disais : “Ah bah ça vaaaaa, ils ont le temps”.
Aujourd’hui, quand j’ai une heure devant moi, je me demande comment est-ce que je pourrais la rentabiliser afin de ne pas perdre ce temps si précieux.
Alors que ce que je désire le plus, c’est de me poser et “ne rien faire”.
Comme si, entre l’enfant que j’étais et l’adulte que je suis devenu, le temps avait cessé d’être un terrain de jeu pour devenir une ressource à optimiser.
Dans le jargon, on appelle ça le “FOMO” (fear of missing out).
Une forme d’anxiété sociale qui fait que vous avez peur de louper quelque chose : une sortie, une info, une notif….
Et il n’y a rien de bon à être dans cet état d’anxiété permanente. Juste du cortisol à gogo, de la faigue chronique et tout un tas d’autres trucs nuls à déféquer.
D’où cette sensation de manquer de temps.
Paradoxalement, toutes les technologies créées depuis que l’humain est humain ont été faites précisément pour nous en faire gagner.
Or, la sensation d’en manquer, surtout pour soi, est une souffrance partagée par 70% des salariés d’après une recherche faite par Odoxa pour l’Observatoire de la qualité de vie au travail.
Mais au fond, le problème n’est peut-être pas le manque de temps, mais la manière dont nous avons appris à le vivre dès que nous en avons ?
Et si manquer de temps vous fait souffrir, comment en avoir davantage ?
Comment sortir de cette désagréable sensation de courir toujours plus, au point que même boire un verre avec des amis devient une corvée ?
C’est de ça dont on va parler dans ce nouvel épisode des Carnets de la Voie.
Faites-vous une camomille, prélacez-vous dans votre fauteuil, un plaid bien chaud sur les épaules et laissez-vous porter par mes mots.
Au programme :
Les Dafts Punk le dénonce
Un paradoxe technologique
Vers la décroissance
Conclusion : vivre lentement
Dès que vous serez près, vous pouvez :
Les daft punk le denonce

Feu mon grand père Raymond est né en 1913. Ses parents avaient un théâtre ambulant.
Ils sillonnaient la France, montaient leurs décors, démontaient puis leurs spectacles terminés, reprenaient la route.
Quand j’allais chez lui, avec ma tante Odette (vous vous souvenez d’elle ?) il me racontait que traverser le pays prenait beaucoup, beaucoup de temps.
Alors la première fois que je lui ai dit que j’avais fait Lille-Bordeaux en cinq heures de train, il a eu du mal à me croire.
“Cinq heures ? Mais tu n’as même pas le temps de bien dormir.”
Ce qui était pour lui une révolution me paraissait normal.
Et c’est peut être ça, le vrai basculement : on ne remarque plus la vitesse quand elle devient la norme.
Il faut dire que depuis sa naissance, tout s’est accéléré.
C’est ce que les sociologues appellent la Grande Accélération.
C’est une exigence d’abord contextuelle. Nous sommes en pleine guerre froide, USA et URSS font un concours phallique pour savoir qui est le plus avancé technologiquement, et des pays comme la France se retrouvent le séant entre deux chaises.
À ce titre, toute entreprise veut être “plus dur, plus fort, plus rapide”, comme le disent les Daft Punk.
C’est à ce moment là que des inventions comme la carte de crédit, le magnétoscope ou le circuit intégré voient le jour avec cette même promesse de rapidité et de gain de temps.
Ce qui est d’abord un progrès, voire, une anomalie, s’est transformé en norme.
La population s’habitude à avoir tout et tout de suite.
Passons quelques décénies, en 1995 Internet débarque dans vos foyers.
Les plus thug life d’entre-vous qui téléchargeaient des films se souviennent d’Emule ou Limewire.
Vous vous souvenez qu’il fallait parfois 2 jours pour télécharger Star Wars la menace fantôme.
(Sans savoir si vous alliez tombé sur le bon film ou sa version avec une autre utilisation de sabre laser...)
Deux jours n’empêches ! Aujourd’hui, le streaming est instantané.
Et recevoir des colis ? Amazon pousse parfois la livraison le jour même.
(Au détriment, bien souvent, de la qualité de vie des livreurs).
Si bien que dès que l’on doit attendre 3 jours pour recevoir un colis, certaines personnes trouvent ça insupportable.
Et il est là le problème : l’habitude d’avoir tout, tout de suite, ajoutée à la volonté de vouloir tout, tout de suite.
Or, cette profusion permanentes de contenus, d’objets, d’informations, bref, ce trop plein de trucs…
Crée une dépendance à la dopamine.
Et vous n’êtes pas fatigué parce que vous manquez de temps.
Vous êtes fatigué parce que tout autour de vous refuse de ralentir.
Si je résume :
Depuis les années 1950, la société accélérère. Tout va plus vite, et en plus grand nombre.
Avec le temps, ça ne fait que s’accentuer : encore plus vite et encore plus de trucs.
Les individus considèrent ce rythme comme la normalité.
Ce qui entraine une dépendance à ce FOMO.
La question est “ Que faire ?”
En pratique :
Prenez une feuille et tracez trois colonnes :
1°) Ce qui s’est accéléré dans votre vie ces 5 dernières années
(ex : notifications, contenus, attentes pro, délais de réponse…)
2°) Ce qui vous fait réellement gagner du temps
(ex : automatisations, outils, habitudes…)
3°) Ce qui vous donne seulement l’illusion d’en gagner
(ex : scroll, multitâche, urgence permanente…)
Puis posez-vous cette question simple :
👉 Est-ce que votre vitesse actuelle sert votre vie ou votre anxiété ?

Julia ne supportait plus ses deux de voiture par jour pour se rendre à son boulot d’assistantes de communication.
Nos séances se faisaient parfois depuis son véhicule parce que c’était le seul moment où elle pouvait souffler.
Et aussi qu’une fois rentrée, il fallait encore vider le lave-vaisselle, préparer le repas, sortir le chien, bref, sa “deuxième journée de travail en une” comme elle le disait avec un rire nerveux.
En théorie, elle aurait dû avoir plus de temps pour elle dans la mesure où un lave-vaisselle, une machine à laver et un Thermomix sont pensés pour nous faire gagner du temps.
En pratique, elle en manquait toujours davantage.
C’est précisément ce paradoxe que le philosophe Hartmut Rosa a cherché à comprendre.
Parce que cette accélération qui a permis de produire des machines à laver et des lave-vaisselles pour gagner du temps, engendre un besoin de croissance économique pour stabiliser ce système.
Donc, faire plus de choses dans un même laps de temps.
D’où cette sensation d’être toujours plus pressé. Sauf que, quand par miracle, vous avez le luxe de pouvoir ne rien faire, ce vide inhabituel vous angoisse.
Prenez le fait d’attendre le bus ou à la caisse du supermarché. Dans les années 1970, ces moments excluaient que vous puissiez faire quoi que ce soit. Pas le choix.
Aujourd’hui, dans ces moments de “rien”, vous sortez votre téléphone pour regarder une vidéo, envoyer un mail de boulot ou lire un épisode des carnets de la voie (excellent choix !).
Sans quoi, vous avez cette amertume de perdre du temps. Si bien que c’est devenu un mode d’existence à part entière.
Étant donné qu’il y a toujours plus à faire que le temps dont vous disposez, vous souffrez de ces moments de décélération forcée.
L’autre pan de cette difficulté à ralentir vient de la peur viscérale d’être confronté à soi-même, car comme le disait Pascal “ Tout le malheur des hommes vient d’une seule chose qui est de ne pas savoir demeurer au repos dans une chambre”.
(Je vous renvoie à la partie 1 de cet épisode pour plus de détail sur le divertissement pascalien)
C’est pour cela que, bien que fuie, l’oisiveté et les moments de “rien” sont idéalisés, ou procrastiner, à coup de “ça irait mieux quand j’aurai quitter mon travail”, “quand les enfants seront grands”, “quand je serai en retraite”, etc.
Et c’est normal de réfléchir ainsi. Moi aussi je me disais ça.
Jusqu’au jour où j’ai compris que ces moments de “vraie vie”, de détentes et tranquillité n’arriveront jamais.
Sauf si vous les créez volontairement.
Or, les humains préfèrent s’oublier dans une frénésie d’activité plutôt que se demander pourquoi ils font tout ce qu’ils font.
En gros, faire des trucs, pour obtenir d’autres trucs, sans prendre le temps se demander s’ils les veulent vraiment et si non, que désirent-ils au fond d’eux.
C’est à cet instant qu’il faut imposer son temps au temps.
En pratique :
Pendant 24 heures, notez chaque moment où vous comblez un vide avec votre téléphone.
Attente, pause, transport, file d’attente…
Puis posez-vous trois questions :
1°) Qu’est-ce que j’évitais réellement à cet instant ?
2°) Était-ce de l’ennui… ou un face-à-face avec moi-même ?
3°) Qu’aurait-il pu se passer si je n’avais rien fait ?

En 2021, une amie de ma compagne a fêté ses 30 ans au milieu de nulle part.
La nuit venue, seule la lumière de la lune et des étoiles nous éclairait, et le hululement d’une chouette nous tenait compagnie.
Il n’y avait pas de réseau. Nous étions obligés de ne rien faire.
Pour la première fois depuis des décénies, nous faisions ce que j’appelle l’expérience du monde qui dort.
Parce qu’avec Internet, le monde ne dort jamais. Si bien que des personnes paient, parfois très cher, pour passer du temps dans un monastère pour bénéficier d’un arrêt du monde.
Cette pensée est partagée par des philosophes comme Bertrand Russell dans Éloge de l’oisiveté. Et ce dès les années 1930 !
Sa thèse est la suivante :
Il y a un culte déraisonnable sur le travail qui amène l’humain à travailler toujours plus et il faut y mettre un terme.
Il développe cette thèse à travers deux arguments.
Le premier est la valeur morale que donne la classe bourgeoise au travail. En gros, sans bosser, les classes populaires se transformeraient en pilier de comptoir au café du coin dès 9h du mat’.
Ainsi, il est nécessaire d’exploiter ses personnes par le travail.
L’autre argument est que la production industrielle est suffisante pour que nous n’ayons pas à bosser 35 à 39h par semaine pour assurer le comblement de tous nos besoins.
Pour Russell, seulement 4h de travail par jour seraient suffisantes pour qu’un pays tienne debout. Le reste du temps serait consacré à l’oisiveté au sens d’otium (cliquez ici pour plus de détails)
Dans les années 1970, des figures comme Ivan Illich, Dennis Meadows ou André Gorz vont défendre la décroissance dans la mesure où sur une planète aux ressources limitées, on ne peut pas exploiter à l’infini.
Car cette sensation de course folle, liée à cette productivité à outrance conduit à des ravages planétaires comme le dérèglement climatique et la disparition d’espèces pour ne citer que ces désastres.
C’est dans ces moments-là que l’on comprend qu’une sensation partagée intimement, celle de se sentir de plus en plus pressé, de manquer de temps, à pour origine un élan de productivité issus des années 1950 et des conséquences désastreuses collectives.
Je trouve fascinante cette interconnectivité.
Bien, après ce portrait peu optimiste du système dans lequel nous sommes, que faire à votre échelle pour, d’une part, sortir de cette course folle et d’autres part, changer le monde ?
En pratique :
Pendant une soirée, coupez volontairement toute connexion :
pas de téléphone, pas d’ordinateur, pas de notifications.
Puis observez :
1°) Combien de temps faut-il avant que l’ennui apparaisse ?
2°) Quelles pensées remontent lorsque plus rien ne vous distrait ?
3°) Que feriez-vous naturellement si personne ne sollicitait votre attention ?

Presque 100 ans plus tard, l’Éloge de l’oisiveté de Russell résonne encore en moi.
Quand j’ai quitté mon travail de professeur, je ne savais pas vraiment le métier que j’allais faire.
En revanche, je m’étais posé cette même question que je pose aux membres de mon programme La Voie.
“Quel mode de vie tu veux avoir ? “.
Et chacun me parle de ralentir, de profiter de leur temps libre pour leur proche et eux-mêmes.
C’est pourquoi la décélération passe d’abord par un questionnement sur son propre mode de vie, plutôt que par le fait de se payer un séjour en monastère.
Car même si ça doit être chouette, c’est une décision réactive à l’égard de la pression du monde.
Sortir de cette course folle passe par une décélération globale.
Cela nécessite de laisser dormir le monde.
Se rendre moins disponible, stopper cette volonté d’emprise sur lui (savoir tout ce qu’il se passe H24).
Rétrécir son horizon (une randonnée dans les Vosges plutôt qu’au Sri Lanka).
Ça ne veut pas dire se couper du monde, mais donner la priorité à son monde.
Acceptez que les choses prennent du temps. Point.
Même si vous aspirez à des moments de rien, ce n’est pas ce qui vous rechargera le plus.
Ce qui recharge vraiment, c’est de vous engager dans des activités qui doivent, par essence, vous prendre du temps.
Cuisiner, manger, boire, bricoler, marcher, lire, penser, fabriquer quelque chose de vos mains, composer, dessiner, vous posez dans un lieu de culte, dans une forêt, etc.
C’est la raison pour laquelle, à travers mon métier, je veux participer au changement de paradigme dans le monde du travail.
Parce que je pense que si plus de salariés faisaient un métier qu’ils aiment, à leur manière (et actuellement, seul l’entrepreneuriat en ligne le permet), alors le monde ralentirait.
Et vous, quand allez-vous ralentir ?

Vous venez de lire les carnets de la Voie, la newsletter qui vous partage chaque semaine, 3 idées qui éclairent et 3 exercices qui transforment pour passer du chaos professionnel à un projet rentable qui vous ressemble.
Inscrivez-vous maintenant pour ne pas louper le prochain.
© www.ecoledelavoie.com