Philosopher avec Miyazaki

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Temps de lecture : environ 12 minutes

Table des matières

Bonjour à toutes et à tous 👋

Bienvenue dans l'épisode #15 des carnets de la Voie.
Que vous soyez là depuis le début ou que ce soit votre premier cours, merci de votre confiance 🙏
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J'avais 8 ans la première fois que j'ai regardé Princesse Mononoké.

Mon grand frère, 14 ans de plus que moi, avait loué la VHS chez Video Futur. On s'était installés dans la chambre de ma sœur, la seule pièce avec un autre magnétoscope.

Comme ça, mes parents regardaient Navaro tranquillement dans le salon et tout le monde était content.

Il pensait que ça allait être comme Mon voisin Totoro. Un truc doux, pour les enfants.

Sauf que le dieu sanglier se transforme dans les premières minutes. Son corps se couvre de vers noirs et haineux. Il hurle. Il charge.

Et quand Ashitaka tire une flèche pour sauver une paysanne, cette flèche coupe les bras d'un soldat net.

J'avais 8 ans et j'ai eu très peur.

Mon grand frère m'a regardé. Il m'a demandé si ça allait, si on devait arrêter.

J'ai dit non.

Parce que j'avais peur, oui. Mais j'adorais en même temps.

Quelque chose dans ce film me retenait, que je n'arrivais pas à nommer.

Des années plus tard, au lycée, j'ai découvert la philosophie. Et j'ai compris.

La profondeur de Miyazaki, je l'avais sentie à 8 ans sans avoir les mots pour la saisir. La philosophie m'a donné ces mots.

Ce qui me revient le plus souvent, c'est cette scène : Ashitaka s'interpose entre Dame Eboshi et San. Entre les humains et les dieux. Il ne choisit pas un camp. Il devient le lien.

C'est là que réside toute la philosophie de Miyazaki.

Et c'est de ça que je veux vous parler dans ce numéro des Carnets de la Voie.

  • Porter sur le monde un regard sans haine

  • L'art de devenir adulte

  • Une philosophie équilibriste

  • Conclusion : Merci Miyazaki


Dès que vous serez près, vous pouvez :

  • Rejoindre mon programme La Voie pour passer du chaos professionnel à un projet rentable qui vous ressemble.

  • Lire mon livre pour vous créer une vie (presque) sans problème


Porter sur le monde
un regard sans haine

Durant le Japon médiéval, le monde des humains et celui des divinités se côtoient. Trop étroitement.

Le jeune prince Ashitaka tente de repousser Nago, le dieu des sangliers, autrefois pacifique, désormais maudit, dévoré de l'intérieur par quelque chose qu'on ne nomme pas encore.

Il y parvient. Mais le prince est touché à son tour.

Le voilà condamné à mourir, lentement, rongé par la même malédiction.

Les sages du village lui indiquent un chemin possible : rejoindre le dieu cerf, grand gardien de la forêt.

La condition pour survivre est simple, et terriblement exigeante : porter sur le monde un regard sans haine. Car c'est bien la haine qui a tué Nago. C'est elle qui tue.

Durant son voyage, Ashitaka croise deux figures que tout oppose.

Dame Eboshi, matriarche industrielle, détruisant la forêt pour alimenter ses forges et fabriquer des armes.

Mononoké, jeune fille élevée par des loups divins, se considérant comme l'une d'entre eux.

Au premier abord, on croit retrouver l'éternelle opposition : la nature contre la culture.

Rousseau a théorisé cette tension dans son Discours sur l'origine et les fondements de l'inégalité parmi les hommes.

À l'état de nature, l'humain est mu par deux sentiments : l'amour de soi, un désir de préservation, et la pitié, une aversion naturelle à voir souffrir autrui.

C'est la civilisation qui introduit l'inégalité. L'amour de soi devient amour-propre. Chacun veut être reconnu supérieur. Naissent l'envie, la compétition, la corruption.

Mais Miyazaki ne s'arrête pas là.

En portant sur le monde un regard sans haine, Ashitaka ne prend parti pour aucun camp.

Il comprend Dame Eboshi. Il comprend Mononoké. Il s'élève au-dessus du conflit, ce que Nietzsche appelait se placer « par-delà le bien et le mal ».

Les autres protagonistes, eux, se vouent une haine réciproque dont la seule issue est la destruction mutuelle.

Dans votre quotidien, ce mécanisme prend un visage très précis. Ce collègue promu à votre place. Ce concurrent qui semble réussir sans effort apparent. Ce patron dont l'assurance vous agace.

Le ressentiment s'installe doucement, déguisé en indignation légitime. On croit avoir des raisons. On en a toujours.

Ce ressentiment est dangereux. Il se transforme progressivement en rancœur envers la vie elle-même. La vie rétrécit. Vivre devient un fardeau.

Porter un regard sans haine, c'est un acte de résistance.

En pratique

Spinoza disait : « Ni rire, ni pleurer, ni haïr, mais comprendre. »

Prenez une feuille. Choisissez quelque chose ou quelqu'un que vous n'aimez pas : une actualité, une personne, une situation précise dans votre vie.

  1. 1°) Quelle est la logique interne de cette chose ou de cette personne ? Qu'est-ce qui, de leur point de vue, est cohérent ?

  2. 2°) Quelle blessure ou quel besoin non satisfait pourrait expliquer ce comportement ?

  3. 3°) Complétez cette phrase : « Je n'ai pas à approuver, mais je peux comprendre que... »

L'objectif est de refuser la haine comme réponse par défaut.

L'art de devenir adulte

Chihiro a 12 ans. Elle déménage avec ses parents, et ça ne l'enchante pas.

Sur la route, ils font un détour. Un paysage bucolique, un marché appétissant, des odeurs de nourriture chaude.

Ses parents mangent. Chihiro pressent que quelque chose ne va pas, qu'ils ne devraient pas manger une nourriture qui n'est pas à eux.

Ses parents ne l'écoutent pas.

Les voilà transformés en porcs.

Le véritable voyage peut commencer : comment les ramener à leur forme humaine ?

Livrée à elle-même dans un monde qu'elle ne comprend pas, Chihiro va rencontrer des personnages qui vont chacun lui apporter quelque chose.

Le vieux Kamaji lui explique comment trouver du travail.

Rin lui montre comment survivre dans un environnement hostile.


Haku lui rappelle qui elle est, son nom, son identité, quand elle est sur le point de tout oublier.

À la fin, Chihiro n'est plus la même. Elle a appris à travailler, à faire confiance, à tenir sa parole.

Elle est devenue adulte, non parce qu'elle a grandi en âge, mais parce qu'elle a grandi en responsabilité.

En tant qu'humain, vous aussi avez été enfant avant d'être la personne que vous êtes aujourd'hui.

Je n'apprécie pas trop ceux qui se vantent de « s'être fait tout seuls ». Personne ne jaillit du néant. Il y a forcément l'union de deux êtres qui donne la vie.

Et ensuite, toute une accumulation de rencontres, d'héritages, de transmissions, voulues ou pas.

Dans votre famille d'abord, dont vous avez hérité, malgré vous, une certaine perception du monde et de vous-même.

Dans vos rencontres ensuite. Chacune vous a apporté quelque chose, en bien ou en mal.

Aujourd'hui, vous êtes le résultat de tout cela. Croyances aidantes, croyances limitantes. Valeurs positives, valeurs négatives. Tout mélangé. C'est votre identité.

Marc Aurèle le formule dès la première page de ses Pensées pour moi-même.

Il énumère tout ce qu'il doit, en précisant d'où cela vient.

De son grand-père Vérus, il tient la bonté et la douceur de caractère. De son père, la modestie et la fermeté virile. De sa mère, la piété et la bienfaisance. De son maître Apollonius, la liberté intérieure et la constance face à l'adversité.

Il ne se « fait pas tout seul ». Il se reconnaît comme le produit d'une lignée.

Je vous pose la question directement : est-ce que vous avez choisi qui vous êtes aujourd'hui ?

Ou est-ce que vous subissez encore des croyances que quelqu'un d'autre a installées en vous, il y a longtemps, sans que vous ayez eu votre mot à dire ?

Nietzsche, dans Ecce Homo, répond à sa façon : « Deviens qui tu es. » Une reprise de Pindare : « Deviens ce que tu es. »

Dans la Grèce antique, c'était une injonction de construction de soi. Par l'effort physique, par les exercices spirituels, par le choix conscient de ce qu'on cultive.

Chez Nietzsche, l'idée est radicale : votre identité n'est pas figée. Vous vous construisez au fil du temps, des rencontres, des lectures, des projets, des routines. Ce que vous êtes est encore à venir.

Ce qui n'est pas votre faute reste votre responsabilité. C'est-à-dire la réponse que vous apportez à ce que vous avez reçu.

C'est ça aussi, devenir adulte.

Si Chihiro y est arrivée, je pense que vous aussi.

En pratique

Prenez un carnet et posez-vous cette question : « Qu'est-ce qui m'a rendu possible ? »

  1. 1°) Citez trois personnes (famille, professeurs, amis, inconnus) qui ont contribué à faire de vous qui vous êtes. Qu'est-ce que vous leur devez, précisément ?

  2. 2°)Citez deux événements, agréables ou difficiles, qui vous ont construit.

  3. 3°) Complétez : « La croyance qui me freine le plus aujourd'hui vient probablement de... »

Savoir d'où vous venez est la première condition pour choisir où vous allez.

Une philosophie equilibriste

Nausicaa et la vallée du vent dépeint un monde post-apocalyptique. Les habitants de la vallée sont menacés par deux choses à la fois : une guerre avec leurs voisins, et l'avancée d'une forêt toxique.

Sauf que cette forêt n'est pas toxique.

Elle purifie. C'est l'air qui est empoisonné, par la pollution des hommes. La forêt est la réponse du vivant à ce que l'humanité lui a fait.

Nausicaa l'a compris. Elle a pris le temps d'observer, d'entrer dans la forêt au lieu de la fuir, d'apprendre sa logique.

Elle découvre que la réconciliation est possible, non en choisissant un camp, mais en tenant les deux ensemble.

C'est cet équilibre qui permet à chacun de survivre.

On retrouve la même quête dans Le château dans le ciel et Le château ambulant.

Dans l'un, deux enfants résistent à des militaires qui veulent s'emparer d'une arme surpuissante pour dominer le monde.

Dans l'autre, Hauru, un mage, passe son temps à s'opposer aux deux camps d'une guerre absurde pour y mettre fin, non par idéologie, mais par refus de la destruction.

Miyazaki cherche le point d'équilibre. Dans chaque film, chaque fois.

C'est en regardant son dernier film, Le vent se lève, que j'ai mieux compris ce qui relie tous ces récits.

Le film retrace la vie de Jiro Horikoshi, l'ingénieur qui a conçu le chasseur Zéro, le bombardier japonais de la Seconde Guerre mondiale.

Ce n'est pas un film sur la guerre. C'est une histoire d'amour et d'ambition. Un homme qui voulait créer de la beauté, pris dans un siècle qui voulait faire la guerre.

Le titre vient d'un poème de Paul Valéry, Le cimetière marin. La phrase complète : « Le vent se lève, il faut tenter de vivre. »

Le vent, c'est ce qui bouleverse l'équilibre. La maladie. La perte. La crise. Le licenciement. La désillusion.

Que faire quand il se lève ?

Miyazaki ne donne pas de réponse simple. Il propose une posture : tenir.

Avec la sagesse d'Ashitaka, le courage de Nausicaa, la détermination de Pazu, l'amour d'Hauru et Sophie.

Peut-être tout ça à la fois. Peut-être pas en même temps. (J'ai d'ailleurs l'impression de chercher encore, moi aussi.)

En pratique

Prenez une feuille. Identifiez le vent qui souffle dans votre vie en ce moment.

  1. 1°) Quel est ce vent précisément ? Nommez-le avec des détails. « La réunion du lundi matin avec mon responsable » dit plus que « le travail ». « L'incertitude sur mon avenir professionnel depuis six mois » dit plus que « le stress ».

  2. 2°)Dans quelle direction vous pousse-t-il ? Vers quoi fuyez-vous ? Vers quoi résistez-vous ?

  3. 3°) À quoi ressemble, pour vous, une journée où le vent souffle mais où vous tenez quand même ?

Le vent ne s'arrête pas. On apprend à tenir debout.

Conclusion : Merci miyazaki

Dans une série de documentaires, Miyazaki confiait à un journaliste : réaliser un film, c'est changer le monde, même si ça ne change rien en soi.

J'aime cette phrase.

Le vent continuera de se lever. Les camps continueront de s'opposer. Et vous continuerez de vous construire, lentement, à tâtons, avec ce que vous avez reçu et ce que vous choisissez d'en faire.

Chaque petit geste compte quand même.

Porter un regard sans haine sur ce qui vous irrite. Reconnaître ce que vous devez à ceux qui vous ont précédé. Chercher l'équilibre plutôt que la victoire.

C'est de l'artisanat quotidien.

Miyazaki a fait des films pendant soixante ans avec cette conviction. Il a annoté ses story-boards à la main jusqu'à l'obsession. Il a dit qu'il n'aimait pas les humains, mais qu'il aimait représenter les humains. (Je ris, et je me reconnais un peu dans cette contradiction.)

Le vent se lève. Il faut tenter de vivre.

Si ce numéro a résonné pour vous, répondez-moi directement à ce mail. Ça me fait toujours plaisir de vous lire.

Et si vous voulez qu'on travaille ensemble pour construire quelque chose de simple autour de ce qui compte vraiment pour vous, et gagner de l'argent avec le lien vers La Voie est juste ici.

Bon futur !

Simon


Bravo et merci de m'avoir lu jusqu'ici 🙏 J’espère que ce cours vous a plu, si c’est le cas faites-le-moi savoir en laissant un commentaire ou en m’envoyant un message sur LinkedIn ou Instagram.

Ça me fait toujours plaisir et ça m’aide d’avoir vos feedbacks.

Sur ce je vous laisse,

Bon futur !


Dès que vous serez prêt, vous pouvez :

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