
L'école de la Voie
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Quand on vous pose la question « Qui êtes-vous ? », il y a fort à parier que vous répondiez :
« Je suis untel, j’ai X ans et je bosse dans Y. »
En d’autres termes, vous vous définissez par des choses extérieures. Une réponse plus approfondie vous permettrait de disserter sur vos goûts musicaux, vos hobbies ou vos peurs les plus profondes.
Mais au fond, qu’est-ce que cela dit de vous ? Est-ce vraiment cela qui vous définit ?
C’est une question que s’est posée Hume, notamment dans son œuvre Traité de la nature humaine.
Dans ce livre, Hume souhaite répondre à la question « Qu’est-ce que le moi ? », ou pour le dire autrement, quand je dis « je », à qui fais-je référence ?
Au premier abord, vous auriez envie de demander à Hume s’il n’a rien de mieux à faire que de se poser ce type de question. Et vous auriez raison.
Mais laissons-le se demander qui il est.
Pour y répondre, Hume va procéder par introspection. Il va puiser en lui les ressources nécessaires et suffisantes pour y répondre.
Ses conclusions sont sans appel :
« À aucun moment je ne puis me saisir, moi, sans saisir une perception, ni ne puis observer autre chose que la perception. Quand mes perceptions sont écartées pour un temps, comme par un profond sommeil, aussi longtemps, je n’ai plus conscience de moi et on peut dire vraiment que je n’existe pas ».
Hume, Traité de la nature humaine
Je vous invite à vous prêter au jeu de Hume et à sonder en vous qui est ce « moi », ce « je » que vous mobilisez quand vous parlez en votre nom, et vous constaterez qu’il n’y a pas d’entité « Moi ».
Pourquoi ?
Parce que parler en « je » est avant tout une capacité, comme écrire ou lire.
Vous pouvez sonder en votre âme et conscience durant toute votre vie, mais vous ne trouverez pas « l’écriture » ou « la lecture ».
Vous constaterez uniquement votre capacité à lire et à écrire.
Mais comment est-il possible que dire « je » soit une capacité ?
Pour comprendre ce phénomène, nous devons mobiliser la biologie et la conscience.
La biologie considère qu’il y a 3 niveaux de conscience.
La conscience de niveau 1 est votre capacité à considérer que vous êtes dans un certain endroit à un certain moment. Par exemple, je suis conscient d’être dans mon bureau à écrire ce cours. Ce niveau de conscience est partagé par la plupart des autres animaux.
La conscience de niveau 2 est votre capacité à vous représenter comme étant le sujet de votre conscience. Par exemple, j’ai conscience d’avoir conscience d’être dans mon bureau à écrire ce cours. Ce niveau de conscience n’est pas partagé par l’ensemble des autres animaux.
Enfin, la conscience de niveau 3 est la conscience de soi. C’est votre capacité à vous reconnaître comme étant à l’origine de votre conscience. J’ai conscience d’avoir conscience, d’avoir conscience… Et d’être à l’origine de ce dont j’ai conscience.
Vous me suivez toujours ?
J’espère !
Ce niveau de conscience est le fruit du développement de votre cerveau, notamment de votre néocortex, apparu il y a environ 300 000 ans, lorsque Sapiens est devenu Sapiens.
Sans cela, il vous serait sans doute impossible de dire « je ». On observe ce phénomène également chez les jeunes enfants. La conscience de soi apparaît vers l’âge de 18 mois à 2 ans, parce que le cerveau rend possible cette conscience.
Cependant, maintenant que vous avez la capacité de parler en votre nom, comment être sûr que vous êtes vraiment qui vous pensez être ?

Quand j’ai démarré mon activité de coach, le plus gros frein à ma réussite n’était pas tant la méthode.
C’était mon état d’esprit, et mes clients qui me lisent vont sûrement se reconnaître, dans la mesure où c’est ce que nous travaillons en premier pour garantir leur réussite.
J’avais de la volonté, de la discipline, je savais comment faire fonctionner mon entreprise, mais…
Mon rapport à l’argent n’était pas sain. J’avais peur de ne pas en avoir assez pour vivre et, dès que j’en avais trop, je ne me sentais pas légitime de l’avoir.
J’avais ce qu’on appelle des « croyances limitantes ». Comme j’étais issu d’un milieu plutôt populaire/modeste et que mes parents trimaient pour avoir de l’argent…
Je ne me sentais pas légitime d’en avoir, ou alors, pas plus qu’eux n’en gagnaient.
Alors, je me suis posé cette question : qui avait décidé de mon rapport à l’argent ?
Mes parents.
Bien sûr, pas directement en mode :
« Tu vois, Simon, les riches sont des salauds, les pauvres des gentils, et trop d’argent rend les gens méchants. Nous sommes modestes et nous devons rester modestes toute notre vie ».
Mais par un phénomène qu’on appelle l’acculturation : la capacité à absorber la culture de l’environnement dans lequel on grandit et se meut.
Il en va de même pour vous.
Toute votre perception du monde, vos habitudes, votre manière d’être, vos valeurs, vos croyances, vos goûts musicaux, vos besoins, vos blessures, votre confiance, vos traumatismes…
Bref, ce qui vous constitue, tout cela vient à 90 % de votre éducation parentale, scolaire et sociétale.
Vous pensez avoir choisi la vie que vous menez et être la personne que vous êtes actuellement.
Mais en réalité, vous avez été choisi. Ce que Martin Heidegger, dans son œuvre Être et Temps, décrit sous le terme de das Man, souvent traduit par la dictature du on ou le ils anonyme, a choisi pour vous.
Ce concept illustre comment l'individu est souvent submergé par une identité et des choix dictés par la société, perdant ainsi sa propre authenticité.
Il écrit :
« Le Dasein [concept du philosophe, pour mieux comprendre, remplacé par humain ] se tient, en tant qu'être en compagnie quotidien sous l'emprise des autres. Il n'est pas lui-même [...] les autres, le qui, ce n'est ni celui-ci, ni celui-là, le qui est le neutre, le On [...] . Le On décharge le Dasein de sa quotidienneté, avec cette « dispense d'être » le On se porte au-devant de la tendance au moindre effort que le Dasein a foncièrement en lui »
Heidegger, Être et Temps.
Selon Heidegger, nous sommes souvent pris dans ce qu'il appelle le « monde du 'on'», où nos actions et nos décisions sont largement influencées, voire déterminées, par les normes et les attentes sociales, au point de ne plus savoir si nos choix sont véritablement les nôtres.
Par conséquent, à la question « Qui suis-je ? », vous pourriez répondre : « Je suis le produit social d’une société déterminée ». Et vous auriez raison.
Par chance, il est temps de s’émanciper, de reconnaître cette influence et de chercher à retrouver notre authenticité, en nous dégageant de la dictature du "on".

Il y aura toujours une partie de votre identité qui sera déterminée, dans la mesure où vous obéissez nécessairement aux lois de la nature qui font de vous un être vivant parmi les autres êtres vivants.
De même, une partie de votre identité demeurera purement sociale, dans la mesure où vous êtes un être humain parmi d'autres êtres humains et que, conformément aux lois de la nature (et notamment biologiques), vous apprenez par mimétisme et êtes influencé par votre environnement.
C’est la raison pour laquelle j’invite mes clients à se concentrer sur la souffrance engendrée par la manière dont ils se considèrent.
Personnellement, mon rapport à l’argent était bien plus une source de souffrance que mes goûts musicaux, influencés par mon parcours socio-culturel et l’algorithme de Spotify.
Mais dans ce cas, pour paraphraser Nietzsche, comment « devenir qui vous êtes » ?
Pour répondre à cette question, je fais appel à Sartre et Austin.
Jean-Paul Sartre, dans L’existentialisme est un humanisme , explique que :
« L'homme se fait; il n'est pas tout fait d'abord, il se fait en choisissant sa morale, et la pression des circonstances est telle qu'il ne peut pas ne pas en choisir une ».
Sartre, L'existentialisme est un humanisme.
Qu’est-ce qu’il veut dire par là ?
Pour lui, l’homme (au sens humain) ne vit pas, il existe. En latin, « ex stare » signifie se tenir au-dessus de. L’humain se tient au-dessus de sa vie et, par la somme de ses choix, il se crée.
Vous allez me dire : « Mais comment puis-je choisir si je suis déterminé socialement et biologiquement, Monsieur Delannoy ? »
Bonne question.
Vous choisissez dans la mesure où vous êtes responsable, au sens de « la réponse que vous apportez à ce que la société fait de vous ».
Mon rapport à l’argent n’était pas de mon fait, mais j’en étais responsable : rester avec ou agir.
Votre identité est le produit de vos choix. Autrement dit, vous êtes ce que vous faites. Mais cela va plus loin que ça.
Austin, un philosophe qui a écrit Quand dire c’est faire. Il parle du langage performatif.
Par exemple, quand le maire dit : « Je vous déclare mari et femme » (mari et mari, ou femme et femme, peu importe), ses paroles deviennent réelles.
Je vous propose d’ajouter : faire, c’est être.
L’Être (ce que vous êtes) est nourri PAR CE QUE vous faites et PARCE QUE vous faites (franchement, retenez cette phrase, elle est d’une importance capitale pour comprendre la constitution de la personne que vous êtes).
C’est pourquoi si vous êtes dans un travail qui ne vous plaît plus, vous diminuez votre Être. Parce que vous ne le nourrissez plus avec ce qui vous fait grandir. Votre existence est atrophiée.
À l’inverse, quand vous êtes dans un travail qui vous plaît, vous nourrissez votre Être, vous êtes aligné et votre existence est hypertrophiée.
Vous ressentez le sens de la vie, à savoir, la sensation d’être vivant.
Le faire et l’être sont les deux faces d’une même pièce : celle de votre existence.
Voilà qui vous êtes.

Derrière une question aussi simple que « Qui suis-je ? », on découvre une analyse potentiellement abyssale, oscillant entre l'absence d'identité et la création de cette dernière.
Cela nous renvoie avant tout à l'absence de permanence. Cette absence est effrayante, dans la mesure où nous prenons conscience qu'un jour, nous n'existerons plus.
Mais elle est aussi libératrice, car si nous n'apprécions pas la personne que nous sommes aujourd'hui, nous avons la possibilité de choisir d'être qui nous désirons être.
De ce fait, je vous invite à transformer cette question en « Qui ai-je envie d’être ? ».
Place à la pratique.
Exercice 1 : Faire son cogito
Vous connaissez sûrement la célèbre citation de Descartes, "Cogito Ergo Sum" (Je pense, donc je suis). Avant d'en arriver à cette conclusion, le philosophe a procédé à un long travail d'introspection, se demandant d'où provenaient ses connaissances et les remettant en question une par une.
Je vous invite à faire de même en vous demandant : « Qu’est-ce qui a rendu possible la personne que je suis ? » et parmi tout ce qui a contribué à votre formation, déterminez ce que vous considérez comme vrai et ce que vous considérez comme faux.
Exercice 2 : Trier entre ce qui diminue et ce qui augmente votre puissance d’exister
Après Descartes, passons à Spinoza. Pour lui, ce n'est pas tant la vérité ou la fausseté qui importe, car cela dépend de la perception de chacun. En revanche, il considère que certaines choses dans le monde augmentent votre puissance d’exister (qu’il nomme Conatus), tandis que d'autres la diminuent.
Exemple d’exercice 1 et 2 : Mon père m’a enseigné qu’avec une bonne méthode et de la patience, rien n’est impossible. Je considère cela comme vrai ET cela augmente ma puissance d’exister.
Ainsi, je conserve cette croyance, tandis que j’ai écarté mon jugement antérieur sur l’argent dont j’ai parlé plus haut.
À l’inverse, feu ma tante Odette me répétait sans cesse que le monde est une source de danger omniprésent. Je considère cela comme faux ET cela diminue ma puissance d’exister.
Exercice 3 : Lettre à son moi dans 1 an
Pour cet exercice, vous aurez besoin d’une feuille de papier, d’un stylo et d’une enveloppe.
Sur la feuille, écrivez la date et le lieu où vous rédigez cette lettre. Par exemple : « Lille, le 17/12/2024 ».
Dans cette lettre, remerciez-vous pour tout ce que vous avez accompli en un an. Écrivez vos projets les plus fous, surtout les plus fous.
Mentionnez ce que vous désirez accomplir, ce que vous ne voulez plus dans votre vie, etc. Signez cette lettre, mettez-la dans une enveloppe et inscrivez dessus : « À ouvrir le 17 décembre 2024 ».
Maintenant, c’est à vous d’agir pour devenir la personne que vous aspirez être.

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