
L'école de la Voie
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Temps de lecture : environ 12 minutes
Bonjour à toutes et à tous 👋
Bienvenue dans l'épisode #14 des carnets de la Voie.
Que vous soyez là depuis le début ou que ce soit votre premier cours, merci de votre confiance 🙏
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Je me souviens des soirs d'été, quand j'étais enfant. Mes parents finissaient tranquillement leur dessert en discutant sur la terrasse, et moi, je m'éclipsais au fond du jardin.
On avait la chance d’avoir trois grands arbres et beaucoup de verdure. J’installais un vieux tapis de sol dans l’herbe et je m’allongeais. Je pouvais rester des heures comme ça, immobile, à contempler les étoiles et à regarder la nuit m’envelopper.
À cet instant, je ne me demandais pas si je perdais mon temps. Je ne cherchais pas à « optimiser » ma soirée. Je faisais simplement partie du décor. Le ciel était une présence immense, mystérieuse, et presque sacrée.
Aujourd'hui, quand je regarde le ciel, je vérifie surtout s'il va pleuvoir avant que je ne parte prendre mon train.
Entre ce tapis de sol et ma vie d'adulte, quelque chose s'est cassé. La nature a cessé d'être un lieu d'existence pour devenir une variable d'ajustement. Un simple décor que l'on traverse entre deux rendez-vous, ou pire, une ressource qu'on essaie de dompter pour se rassurer.
Dans notre quotidien de salarié, on finit par voir le monde comme une machine : il y a des objectifs, des processus, et des résultats. Et la nature ? On l'a reléguée au rang d'outil de détente pour nos week-ends, quand on a « le temps ».
On a fini par croire que nous étions les propriétaires du monde, alors que nous n'en sommes que les locataires de passage.
Cette sensation d'être un "pion" dans un système dont on ne comprend plus le sens, elle vient souvent de là : on s'est déconnecté des cycles qui nous dépassent. On a remplacé le sacré par le productif.
Pourtant, cette petite étincelle que je ressentais au fond du jardin, elle est toujours là. Elle attend juste qu'on change de regard pour transformer notre fatigue psychologique en un nouvel élan.
Dans ce numéro 14 des Carnets de la Voie, je vous propose de poser votre tapis de sol avec moi. On va essayer de comprendre comment on a perdu ce lien et pourquoi sacraliser à nouveau la nature est peut-être la clé pour retrouver votre propre place.
Faites-vous une camomille, prélacez-vous dans votre fauteuil, un plaid bien chaud sur les épaules et laissez-vous porter par mes mots.
Au programme :
Les villes ont tué le ciel
Le sacré et le profane
Sacraliser la nature
Conclusion : Le contrôle chimérique
Dès que vous serez près, vous pouvez :

En août 2015, je suis partie en vacances dans la Drôme avec ma famille. Le gîte dans lequel nous logions se situait au beau milieu de nulle part.
Pas une âme qui vive à moins de 10 km. La nuit, nous entendions les hiboux lointains s’éveiller pour chasser.
Mais surtout, chaque étoile scintillait de mille feux, nous laissant percevoir ses lueurs émises depuis des milliards d’années, parvenues de l’espace jusqu’à nos yeux. Le ciel était si pur que nous pouvions sentir le poids de la Voie lactée nous surplomber, pour notre plus grand plaisir.
Les vacances terminées, retour dans la métropole lilloise. Impossible, là-bas, de profiter pleinement de la beauté du ciel.
Bien sûr, je suis contente de me balader dans des rues nocturnes éclairées par les réverbères. Loin de moi l’idée de prôner, tel un boomer, le « c’était mieux avant » (souvent suivi d’un « on ne peut plus rien dire »).
Ce que je veux dire, c’est que l’avancée technologique, bien que formidable pour notre confort, nous a éloignés petit à petit du cosmos qui nous entoure.
C'est paradoxal : ces mêmes progrès nous ont permis de découvrir les lois de la nature, la composition des étoiles, les couches géologiques et même l’origine de la vie. Mais, ce faisant, nous avons délégué notre connaissance sensible de la nature à la technique.
Avant l’avènement du christianisme en 336 sous l’empereur Constantin, les païens possédaient une connaissance empirique de la Nature. Ils savaient que le solstice d’été signifiait le raccourcissement des jours et l’équinoxe leur retour.
Ils interprétaient le vol des oiseaux, la forme des nuages ou le cycle des saisons.
Ils ne le faisaient pas à l’image du vieux sage qui s’isole en ermite, mais comme des humains travaillant la terre, qui ont besoin de connaître les cycles pour vivre. Parce qu’ils vivent dans la nature.
Avec le temps, nous nous sommes affranchis de ces cycles. Nous mangeons des pêches en hiver, des noix en été, nous vivons la nuit, dormons le jour… Nous avons oublié la signification des nuages, le sens du solstice, le vol des oiseaux, l’atmosphère pesante de l’été ou l’odeur de l’humus formé par les feuilles mortes.
Si bien que nous oublions que nous faisons avant tout partie d’un tout. Il n’y a pas « la Nature » d’un côté et l’humain de l’autre. L’humain est une créature de la nature. Il vit dans et avec elle, qu’il le veuille ou non.
En fait, la Nature a perdu de son mystère. Elle a perdu de son sacré. Mais il n’en a pas toujours été ainsi.
En pratique
Dès que vous en aurez l’occasion, allongez-vous sur l’herbe à même le sol.
Contemplez le ciel et imaginez vous élever de plus en plus haut.
Vous observez déjà les maisons devenir minuscules.
Vous venez d’effleurer un satellite.
Vous voilà maintenant proche de la Lune. Plus rien ne peut vous arrêter.
Vous déambulez dans l’espace infini.
Vous venez de constater votre petitesse.

Dans les sociétés polythéistes (la croyance en plusieurs dieux), on célébrait les cycles de la nature dont je parlais précédemment. Chez les Celtes, par exemple, il y avait quatre fêtes majeures : Samain, Imbolc, Beltaine et Lugnasad.
Prenons Samain. Cette fête se situe aux alentours du 1er novembre de notre calendrier. C’est le passage de la saison claire à la saison sombre. À cette période de l’année, les jours raccourcissent et les nuits s’allongent. Nous sommes après l’équinoxe d’automne et avant le solstice d’hiver.
C’est aussi le moment où l'on considérait qu'un passage entre le monde des dieux et celui des humains s’ouvrait (l'ancêtre d'Halloween et de la Toussaint).
Dans la Rome antique, on célébrait les Liberalia autour du 17 mars en l’honneur de Liber, le dieu de la fécondité. Cela coïncidait avec l’équinoxe de mars : là où la lumière ressurgit, où les arbres bourgeonnent et où les animaux sortent d'hibernation.
Je pourrais continuer ainsi longtemps. Ce qu’il faut retenir, c’est que l’humain, par l’expérience, a repéré les cycles de la Terre. Chaque changement était l’occasion de célébrer ce que la nature nous offrait.
En 336, l’empereur romain Constantin fait du christianisme la religion officielle de l’Empire. Autant vous dire : la seule religion valable.
Toutes les anciennes fêtes païennes furent alors remplacées. Les Saturnales, qui se déroulaient entre le 17 et le 23 décembre, sont devenues la période de Noël. Cela coïncide avec le solstice d’hiver où la lumière revient petit à petit, symbolisée par la naissance du Christ censé apporter la clarté aux hommes. Désormais, il y a un Dieu unique, et les anciens dieux sont devenus les saints qui peuplent notre calendrier.
Cependant, il y a quelque chose que les religions, polythéistes comme monothéistes, ont en commun : la distinction entre le sacré et le profane.
Est sacré tout endroit, objet, vestige, arbre ou date qui possède un caractère divin ou lié au monde des esprits. Les vaches sacrées en Inde, certains arbres pour les tribus animistes, les reliques chrétiennes...
Est profane ce qui n’est pas sacré. Autrement dit : tout le reste. La vache dans le pré du fermier, l’arbre du parc municipal, une fourchette en inox de chez IKEA. Rien ne les lie au monde invisible.
Pourtant, vous avez sûrement chez vous un objet qui compte plus qu’un autre. Une amitié qui prend plus de place dans votre cœur. Un ticket de cinéma de votre premier rendez-vous, une édition originale de 1984 ou ce doudou qui vous suit depuis 30 ans (et qu’il ne faut surtout pas laver).
Il y a, dans votre quotidien, des choses qui relèvent du sacré à vos yeux, même si elles sont profanes pour les autres. Ce qui est sacré, nous en prenons soin. Nous ne laissons personne y toucher.
Et si, pour sauver la nature, on recommençait à la sacraliser ?
En pratique : le petit sanctuaire
Identifiez l'objet "sacré" : Trouvez dans votre maison ou votre bureau UN objet qui n'a aucune valeur marchande, mais une valeur sentimentale immense (votre "doudou" d'adulte).
Analysez le soin : Pourquoi en prenez-vous soin ? Pourquoi serait-ce un "drame" s'il disparaissait ? (C'est le sentiment de sacralité).
Transposez à votre carrière : Aujourd'hui, votre travail ressemble-t-il à la fourchette IKEA (profane, interchangeable, sans âme) ou contient-il une part de sacré (aligné avec vos valeurs ) ?
Le défi : Cette semaine, trouvez un élément de la nature (un arbre sur votre trajet, le ciel au réveil) et décidez, par pur exercice mental, de le considérer comme "sacré" pendant 2 minutes. Observez si cela change votre niveau de stress.

Premièrement, en tant qu’humains, il est difficile pour notre esprit de nous représenter la nature "pure".
Nous l’avons dit dans un précédent billet : nous avons un rapport particulier avec ce qu’on appelle la vie (entre pulsion de mort et pulsion de vie). Par notre constitution, il existe toujours un média entre nous et le monde.
Nous l’appréhendons par le biais d’outils : des vêtements pour nous tenir chaud, des chaussures pour marcher, des maisons pour s'abriter, des smartphones pour regarder...
Ce n’est ni une critique, ni une invitation à revenir à l’âge de pierre. Ce sont simplement des faits.
Par conséquent, il est difficile de percevoir immédiatement (au sens de « sans intermédiaire ») les effets de notre activité sur notre environnement. Par exemple, les experts expliquent que la température de la planète a augmenté de 1,5 °C, passant de 15 °C à 16,5 °C.
D'accord, mais qu’est-ce que cela représente ? Comment en faire l’expérience dans nos pays occidentaux plutôt bien lotis par rapport au reste du monde ?
Pensez au moment où vous avez la grippe : votre corps passe de 37 °C à 39 °C. Observez les effets d’une augmentation de « juste » 2 °C sur votre état. Là, vous pouvez facilement vous le représenter, parce que vous en faites l’expérience immédiate.
Deuxièmement, les cycles naturels dont nous avons parlé ont perdu leur caractère divin depuis que la science a expliqué ces phénomènes. Le monde a perdu de sa magie. Tout semble pouvoir être expliqué par des principes de causalité. L’orage n’est plus la colère des dieux, l’éclipse non plus. Les étoiles ne sont plus les âmes de nos défunts et ce vieux chêne centenaire n'est plus qu'un arbre parmi d'autres.
C’est une manière de voir les choses.
Personnellement, plus j’en apprends sur le fonctionnement de notre univers, plus je trouve qu’il relève de la magie.
Rendez-vous compte : quand vous avez la chance d’observer les étoiles, vous regardez le passé. Le soleil se situe à 150 millions de kilomètres et vous ressentez pourtant la puissance de ses rayons. On connaît mieux la composition de la planète Mars que les abîmes de nos propres océans. Des dinosaures ont foulé cette terre durant des centaines de millions d’années avant nous...
Et même le simple fonctionnement de votre corps, qui turbine 24h/24, 7j/7, sans que vous n'ayez rien à faire ?
Tout ce dont vous êtes conscient (l’herbe, les insectes, vos proches, vous-même, votre chat) tout cela aurait pu ne pas exister. Vous-même, vous auriez pu ne pas exister.
C'est un hasard ou une suite de causes inexplicables qui ont rendu possible la vie et votre existence. C’est pourquoi je pense que nous devrions accorder à cette nature un caractère sacré.
Et cela passe par un changement de paradigme que vous seul pouvez décider : passer de "citoyen du monde" à "créature du monde".
En pratique : Le regard créature
Cette semaine, quand vous vous sentirez submergé par la "charge mentale" de votre job salarié, faites une pause de 3 minutes :
Observez une fonction vitale : Posez la main sur votre cœur ou sentez votre respiration. Réalisez que cela fonctionne tout seul, sans votre "stratégie" ni votre contrôle. C'est votre part de nature.
Sortez du rôle : Pendant un instant, ne soyez plus "manager", "cadre" ou "employé". Soyez juste une créature vivante parmi d'autres, respirant le même air que l'arbre d'en face.
Notez le décalage : Est-ce que vos problèmes de bureau paraissent aussi "vitaux" quand vous vous replacez dans la perspective des étoiles ou du temps géologique ?

Avant que nous puissions apporter des explications rationnelles aux phénomènes naturels, l’humain considérait qu’ils étaient l’œuvre des dieux.
Par manque de moyens techniques, celui-ci n’avait d’autre choix que d’aligner sa vie et son rythme sur ceux de la nature. Mais au fur et à mesure des avancées scientifiques et technologiques, l’humain a réussi à déroger au rythme imposé par la nature pour imposer le sien.
Dès lors, ce n’est plus l’humain qui appartient à la nature, c’est la nature qui appartient à l’humain.
Sauf que ce n'est qu'une chimère.
Qu’on le veuille ou non, nous sommes nés de la Terre et nous y retournerons. C’est pourquoi l’objectif de ce carnet n’était pas de dépeindre un "temps jadis" , que je n’ai pas connu et qui serait forcément mieux que notre époque.
C’est une invitation à se reconnecter à un rythme préexistant à notre mode de vie ; à des cycles qui étaient là avant nous et qui, j’imagine, seront là après nous. C’est également une invitation à considérer notre petitesse.
Nous nous situons entre deux abîmes : l’infiniment grand et l’infiniment petit.
Enfin, c’est une invitation à se rappeler que tout ceci aurait très bien pu ne pas exister. Et cela, en soi, relève du sacré.

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